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Le 1er mai

D 3 mai 2020     H 19:22     A Patrice MOREL    


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Souvent on en parle, nous en donnons des définitions, mais quelle est l’Histoire du 1er mai.
Guy Texier, un camarade de Saint-Nazaire, en a décrit un peu plus que les contours en mai 2013 ; un coup d’gueule aussi "quelque part"... Avec son aimable autorisation je vous livre ses écrits, son coup de gueule, écrit en 2013.

Le poids des mots et le 1er Mai

par Guy TEXIER
le 12 mai 2013

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(Crédit © Patrice Morel)

Le rôle et la place des médias sont importants et il n’échappe à personne que le langage utilisé par les journalistes de la presse écrite et audio visuelle conduit à façonner la pensée des travailleurs et du peuple. Ainsi :

  • Les cotisations sociales sont devenues les charges patronales
  • La sécurité sociale est devenue l’assurance sociale
  • Le capitalisme est transformé en société libérale
  • La solidarité est devenue l’assistanat
  • Le code du travail devient avec l’ANI la sécurisation de l’emploi
  • Les patrons sont devenus les entrepreneurs
  • Les plans de licenciements sont dorénavant des plans sociaux

Ce langage que l’idéologie dominante a imposé affecte aujourd’hui les activités politiques et syndicales.
Ainsi le 1er Mai historiquement « jour de lutte et de solidarité internationales des travailleurs » est devenu au fil des années fête des travailleurs et même fête du travail quand ce n’est pas fête du vrai travail ou fête du muguet.
Il s’agit là de multiples tentatives d’ensevelir dans l’oubli, d’occulter ou de falsifier l’histoire du 1er Mai, le mouvement syndical et particulièrement son courant révolutionnaire de lutte des classes.
L’objectif évident c’est de nier la réalité de la lutte des classes, pour certains elle est dépassée, ne l’ont jamais trouvée actuelle, avant elle n’existait pas, après elle est dépassée, mais entre temps elle n’a pas existée.
Ce langage est d’apparence moderne, il est dangereux et a pour but, à plus ou moins longs termes, d’annihiler l’esprit de conquête et de lutte des classes, il est donc important de ne pas céder devant ce "modernisme" qui n’est d’autre qu’un enfumage des idées des travailleurs et du peuple.

Il n’est donc pas inutile de revenir sur la genèse du 1er Mai.

Le 1er Mai est né en France le 20 juillet 1889 à Paris à la fin du congrès constitutif de la 2ème Internationale socialiste, qui portait en lui les trois-huit, 8 heures de travail, 8 heures de culture, 8 heures de repos.
C’était aussi le centenaire de la Révolution Française.

Des origines douloureuses

Les origines du 1er Mai sont américaines et elles sont douloureuses.
En août 1866, le congrès national du travail de Baltimore, représentatif du prolétariat américain, proclame :

« Le premier grand besoin du présent pour délivrer le travail de ce pays de l’esclavage capitaliste est la promulgation d’une loi d’après laquelle la journée de travail doit se composer de 8 heures dans tout l’État de l’Union Américaine ».

La pression ouvrière est telle que le 25 juin 1868, le gouvernement américain accorde la journée de 8 heures à tous les journaliers ouvriers et artisans.
L’affrontement entre exploités et exploiteurs est très violent, les cheminots en lutte pour les 8 heures en arrivent à combattre les armes à la main à Pittsburgh en 1877.
En 1884 des émeutes des travailleurs, violemment réprimées font plus de 50 morts à Cincinnatti.
Dans le prolongement des luttes de Pittsburgh naît dans cette même ville la Fédération Américaine du Travail (AFL).
Le 4ème congrès de l’AFL de novembre 1884 à Chicago décide qu’à partir du 1er mai 1886, la journée de travail ne sera que de 8 heures.
Tout au long de l’année 1885, la mobilisation de l’AFL et des travailleurs américains est intense et les provocations patronales ne le sont pas moins.
Le 1er mai 1886 se déroulent des rassemblements, manifestations et grèves de masse sous un mot d’ordre unitaire :

« À partir d’aujourd’hui nul ouvrier ne doit travailler plus de 8 h par jour ».

Le 1er mai 1886 entrait dans l’histoire sociale des États Unis comme le grand affrontement entre le prolétariat américain et le capitalisme le plus oppressif à cette époque.
Mais dès le 28 avril 1886 , de graves affrontements se produisent à Milwaukee, la police tire et neuf manifestants sont tués.
Deux jours plus tard le 1er mai, c’est à Chicago que se produisent de nouveaux affrontements, ou la journée de travail était de 14 à 16 heures par jour et la misère y régnait.
Le 3 mai les grévistes face au look out et face aux « jaunes » qui les remplaçaient les grévistes manifestent devant l’usine Mac Cormick, la milice patronale armée et la police tirent et on relève six morts et une cinquantaine de blessés.
La police charge les grévistes, foule évaluée à 15 000 manifestants, une bombe est lancée dans les rangs de la police faisant huit morts et soixante blessés. Par qui est-elle lancée ? A qui profite le crime ? L’enquête de la police n’aboutit pas à le déterminer.
La riposte de la police est terrifiante, plusieurs dizaines de manifestants sont tués avec de très nombreux blessés.
Nombreuses arrestations et huit militants sont arrêtés et jugés par un simulacre de procès le 20 août 1886, les huit accusés sont condamnés à mort, six seront pendus et deux verront leur peine commuée aux travaux forcés à perpétuité.
L’émotion aux États Unis et dans le monde est très forte, délégations, pétitions et messages du monde entier ne peuvent les sauver.
Comme l’avoua un des jurés lors du procès :

« Il fallait les pendre de toute façon, car c’étaient des hommes trop dévoués, trop Intelligents, trop dangereux pour nos privilèges ».

Ainsi le 1er Mai est entré dans l’histoire du monde du travail dans la douleur et dans le sang des ouvriers et c’est le congrès de l’AFL de décembre 1888 à Saint-Louis qui fit que cette date fut adoptée pour la manifestation internationale.

En France

En France c’est donc le congrès de la 2ème Internationale qui adopta le 1er Mai, congrès marxiste, qui réunissait des personnalités marquantes du Mouvement Socialiste International dont pour la France : Guesde, Vaillant, Deville, Longuet, Lafargue, Camélinat et le congrès adopta le texte fondateur du 1er Mai qui précisait :

« il sera organisé une grande manifestation internationale à date fixe, de manière que, dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire à huit heures la journée de travail et d’appliquer les autres résolutions du congrès international de Paris.
Attendu qu’une semblable manifestation a déjà été décidée pour le 1 er. Mai 1890 par l’Américan Fédération of Labor dans son congrès de 1888 tenu à Saint Louis, cette date est adoptée pour la manifestation internationale.
Les travailleurs des diverses nations auront à accomplir cette manifestation dans les conditions qui leur sont imposées par la situation de leur pays ».

Le premier 1er Mai de caractère international a lieu en 1890 et en France à l’initiative d’une commission de syndicalistes, de groupements Guesdistes et Blanquistes, avec des manifestations dans toutes les grandes villes du pays.
Dans les pays d’Europe et aux États-Unis le 1er Mai fut ponctué par des grèves et des manifestations et ce n’est que 10 ans plus tard que le chant de ralliement des travailleurs du monde entier fut « l’Internationale ».
Le 1er mai 1891 à Fourmies, cité ouvrière de France, comme dans de nombreuses villes, le 1er mai se déroule la fête après l’assemblée générale des grévistes avec théâtre et bal.

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Fourmies le 4 mai 1891.
Funérailles des victimes. (Crédit © Écomusée de l’Avesnois)

Les grévistes tentent de convaincre des non grévistes, les gendarmes et les soldats tirent dans la foule réunie devant la mairie, il y aura 10 morts et des dizaines de blessés.
Ce qui fit dire au général Changarnier :

« Les armées modernes ont moins pour fonction la lutte contre les ennemis de l’extérieur que la défense de l’ordre contre les émeutiers de l’intérieur ».

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1 mai 1891
Aussi l’échauffourée de Clichy (Crédit © Wikipedia (domaine public))

Le 1er Mai gagnait dans le monde avec la développement de l’industrie, ce qui n’empêche pas le journal de la bourgeoisie « Le Temps » en 1894 d’écrire :
« Le 1er Mai se meurt, le 1er Mai est mort ».

C’est aussi à partir de cette date que Aristide Briand, futur homme d’état bourgeois, qui préconisait d’associer le 1er Mai et la grève générale.

La création de la CGT en 1895 allait donner un élan puissant au 1er Mai et allait donner la primauté du syndicat sur le parti politique pour l’organisation des manifestations du 1er Mai.

Dans toutes les années qui ont suivi, les manifestations du 1er Mai ont souvent donné lieu à des arrestations de militants ouvriers, le caractère revendicatif était évidemment insupportable pour les gouvernements bourgeois fidèles serviteurs du patronat.
Le 1er mai 1901, Émile Pouget, dirigeant de la « Voix du Peuple »(ancêtre de la VO et de la NVO) avec Victor Griffuelhes, premier secrétaire de la CGT, écrivaient :

« Le 1er Mai n’a plus le caractère révolutionnaire qui nous enthousiasmait il y a quelques années »

Ils regrettaient en fait la volonté politicienne des « politiciens socialo » selon leur expression qui voulaient récupérer le 1er Mai à des fins électorales et qui avaient contribué à le vider de sa substance de classe jusqu’au point de le transformer en « processions platoniques », en « trouducuteries » et qu’il fallait lui redonner son caractère d’origine de journée de lutte.
Le congrès d’Amiens en 1906 donne mandat d’organiser une agitation intense et grandissante pour le 1er mai, pour les 8 heures de travail reprenant ainsi le mot d’ordre de l’AFL de 1888.
À la faveur de l’issue sanglante de la grève des mineurs, la bourgeoisie au pouvoir et le patronat, organisent un complot contre la CGT et son 1er Mai, arrestations et incarcérations du secrétaire général Victor Griffuelhes et du trésorier Gaston Levy.
Le 1er mai 1906 fut puissant malgré le déploiement de la police sous les ordres du ministre de l’intérieur, Georges Clémenceau, Paris était une ville assiégée selon des journalistes.
Jusqu’en 1914 les 1er Mai prennent de l’ampleur tout comme les grèves ouvrières, Jean Jaurès y apporta une large contribution.

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L’Humanité
Journal de Jean Jaurès (Crédit © Galica BNF)

Le 1er mai 1914, sous la plume de Léon Jouhaux, la « Voix du Peuple » titrait :

« Guerre à la Guerre »

Ce fut le cri du mouvement ouvrier contre les agissements des financiers, des industriels avides de conquérir de nouveaux territoires.
L’assassinat de Jean Jaurès et l’union sacrée prônée par les réformistes dans la CGT, dont Jouhaux, c’est quatre années de guerre [1] et des millions de morts.

Après cette guerre, le 1er Mai reprend de la vigueur avec la revendication des 8 heures et certains gouvernements bourgeois lâchent du lest pour prévenir des explosions sociales.
Les patrons et financiers les plus rétrogrades déclarent :

« Si quelques modifications devraient être apportées à la durée du travail, à l’heure actuelle, ce serait plutôt pour l’augmenter que pour la réduire ».

Une loi historique

Clémenceau prend conscience du danger et une loi est adoptée à l’unanimité le 23 avril 1919 pour que des discussions s’engagent pour la journée de 8 heures ou pour la semaine de 48 heures.

Cette loi fut une victoire historique.
À partir de 1920, le caractère de lutte du 1er Mai s’élargit avec les idées révolutionnaires dues à la création du PCF en 1920 au congrès de Tour et la création de la 3ème Internationale ouvrière.

Le soutien aux peuples colonisés, la montée du fascisme en Italie, en Allemagne , au Portugal, puis en Espagne ,la notion de solidarité internationale contre le colonialisme et le fascisme, contre l’oppression de la bourgeoisie donnait un caractère plus large au 1er Mai.
La scission de la CGT en 1921 fut que le 1er Mai soit éclaté et la classe ouvrière divisée, mais le caractère de lutte revendicative et de solidarité internationale fut préservé et renforcé par la CGTU.
La bourgeoisie et le patronat voulurent profiter de cette division pour porter des coups au mouvement revendicatif et au 1er Mai, s’appuyant notamment sur les effets de la crise structurelle du capitalisme qui commença aux États-Unis en 1929 et qui se propagea à l’Europe.
En 1923, le 1er Mai fut célébré pour la première fois en Chine à Shanghaï et à Tokyo au Japon.

Alors que la CGTU maintenait au 1er Mai son caractère de lutte et de solidarité, la CGT réformiste de Léon Jouhaux accentuait son caractère passif en invitant par exemple ses militants à un concert au Trocadéro le 1er mai 1924.
En ces temps de division, les journaux de la bourgeoisie ne manquaient pas de décrédibiliser le 1er Mai où la participation était moins importante.

Ce 1er Mai 2013 , les mêmes ont donné dans les médias, en soulignant la division, plus d’intérêts aux quelques milliers rassemblés par le FN qu’aux dizaines de milliers de manifestants rassemblés par la CGT.

Avec 1936 c’est un élan unitaire, nouveau et rassembleur de centaines de milliers de manifestants renforcés avec la victoire du front populaire et des grèves victorieuses, puis des accords de Matignon.
Le 1er Mai s’étend en Amérique Latine, en Inde.
La solidarité s’exprime fortement à l’égard de l’Espagne Républicaine, aux travailleurs des pays sous le joug fasciste.
En 1936, en Allemagne, Hitler et Goebbels dévoient le 1er Mai en haranguant une jeunesse nazie fanatisée et la répression frappe les anti fascistes avec de nombreuses arrestations de militants ouvriers qui seront internés dans les camps de concentration.
Les années de plomb de la guerre 39/45 n’ont pas atténué la volonté de lutte et de Résistance malgré la répression contre les militants de la CGT, qui fut comme la CFTC interdite en août 1940.
Le maréchal félon, Pétain, impose la Charte du Travail, en 1941 le 1er Mai devient : « La fête du travail et de la Concorde sociale ».
La loi stipule que « ce jour sera chômé sans qu’il en résulte une diminution de salaire ».
C’est non seulement la collaboration avec l’occupant nazi mais c’est aussi la collaboration entre exploités et exploiteurs.
Tout fut fait pour vider le 1er Mai de son contenu révolutionnaire et de sa substance sociale pour le rattacher aux vieilles coutumes, aux fêtes religieuses.
Mais dans la clandestinité les syndicalistes fidèles aux traditions ouvrières continuent de poursuivre le combat de la Résistance, de la lutte revendicative et de solidarité.
Le 1er mai 1945, la France est libre, le 8 mai l’Allemagne nazie capitule, beaucoup de militants ouvriers engagés dans la Résistance ne reviendront pas des camps de concentration.

La CGT reprend, malgré la scission de 1947, son rôle de syndicat de lutte et de classe, la solidarité sera très forte à l’égard des peuples colonisés et qui les armes à la main vont conquérir leur indépendance comme le Viet Nam et l’Algérie, mais aussi à l’égard des peuples victimes de l’oppression raciste et de la dictature, ce sera l’occasion de l’affirmer encore plus fortement à l’occasion des manifestations du 1er Mai.
Tout est utilisé pour tenter de dévoyer le 1er Mai, de Sarkozy parlant du vrai travail, le FN de Jeanne d’Arc, les médias le vidant de son contenu en le qualifiant de fête du travail ou de fête du muguet, l’objectif est clair : pour eux le 1er Mai et son caractère de lutte et de solidarité fait parti du passé, c’est un jour férié comme les autres jours, religieux ou non.
Pourtant dans le monde entier, aujourd’hui le 1er Mai les travailleurs se rassemblent avec des manifestations parfois violentes contre la crise du capitalisme, contre le chômage et pour des salaires et retraites qui permettent de vivre décemment, c’est bien d’un affrontement classe contre classe qu’il s’agit, mais de cela les médias ont pour consigne de ne pas en parler.
Les manifestations et rassemblements sont encore souvent l’objet de surveillance policière, voire de provocations et d’arrestations dans le monde, mais les travailleurs ressentent ce jour de lutte comme le ferment solidaire des travailleurs du monde.
Les manifestations ouvrières ne sont jamais des cortèges de tristesse, bien au contraire les jours de luttes c’est l’enthousiasme, celui de se battre pour vivre mieux, d’être solidaires contre l’ennemi commun à tous qu’est le capitalisme.
Le 1er Mai a été, est et doit rester un jour de lutte et de solidarité internationales de l’ensemble des travailleurs quelque soit le régime politique dans chaque pays.

Bibliographie

  • "1er Mai, les 100 printemps" - Georges SEGUY - Messidor éditions sociales - 01/04/1989 - 251 pages - ASIN : B0000DXUEH

Autres ressources

Mots clés

Histoire : 1er Mai


[1Jouhaux ne partira pas à la guerre, il basculera dans l’union sacrée en devenant « commissaire de la nation » aux côtés de l’archevêque de Paris, de Lépine préfet de police symbole de la répression contre les travailleurs et Charles Maurras de l’action française, extrême droite).

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