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Le jeu de palets

D 5 août 2007     H 19:22     A Patrice MOREL    


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Lachez votre ordinateur et allez dehors prendre l’air. Et oui ce n’est pas un jeu informatique mais de plein air avec lequel on s’amuse bien !

RÈGLE DU JEU DE PALETS SUR PLANCHE A 5 MÈTRES PAR ÉQUIPE


Principe :
Le jeu se compose d’une planche en bois et de pièces rondes en fonte. Il pourrait s’assimiler à la pétanque ; le terrain serait la planche et les boules les palets.

- Distance planche-joueur : 5 mètres à l’extrémité de la planche.
- Nombre de joueurs : soit 2 contre 2, chacun à 4 palets (cas le plus fréquent) soit 4 contre 4, chacun à 2 palets.

Le choix des équipes :
Dans les parties amicales, on pose le maître au centre de la planche, deux joueurs lancent chacun 1 palet ; le plus près du maître commence à choisir un premier partenaire, puis c’est au tour du second et ainsi de suite.

La partie :
La première équipe constituée commence à jouer. On peut lancer 3 fois le maître si l’on manque la planche. En cas d’échec au 3ème coup, l’équipe adverse lance le maître.
Celui qui a lancé le maître lance ses 2 palets, puis c’est au tour d’un équipier adverse. Une équipe joue tant qu’elle ne domine pas. Puis c’est au tour de l’autre.

Au jeu suivant, c’est le gagnant qui lance le maître.

On va en 12 points. Seuls comptent les points des palets les plus proches du maître.

On emploi le mot "placer" l’orsqu’on tente de situer son palet le plus près possible du maître.
On dit "chasser" ou "quiller" lorsqu’on tente de sortir le palet adverse de la position qu’il occupe.
Un palet qui recouvre le maître "chapeau". En général, le chapeau prime sur le palet qui touche le maître. S’il y a litige, on mesure avec un compas, on dit "bucher". Si en cours de jeu, un joueur chasse le maître hors de la planche, on recommence le jeu.

RÈGLEMENT DU JEU DE PALETS FONTE SUR PLANCHE BOIS

1. Les planches à palets de concours ont les caractéristiques suivantes :
- dimensions : 700 x 700 x 32 mm
- elles sont en peuplier SANS NOEUD

Les palets seront obligatoirement en fonte et non acier ; non meulés dessous avec un poids maximum de 155 grammes et minimum de 130 grammes . Les numéros de 1 à 12 sont sur la face supérieure, devront correspondre au TYPE-DAVID-MAT-BH et être obligatoirement en relief.
Les palets, avec numéros rentrants, en couleur, ou peints sont interdits.
Seuls, les deux capitaines seront admis auprès de l’organisateur du concours pour les réclamations.

2. Chaque joueur choisit une ou plusieurs paires de palets ayant le même numéro .

3. Les joueurs doivent se tenir à 5 mètres du bas de la planche, la plante des pieds sur la bande .

4. Pour déterminer qui va commencer la partie, un joueur de chaque équipe lance un palet. Le palet le plus proche du maître détermine l’équipe ou le joueur qui débutera la partie . Le joueur lance le maître sur la planche. Il a le droit en tout à deux essais avant de passer la main à son adversaire qui aura le droit également à deux fois .

5. Le joueur gagnant lance le maître et joue deux palets . Par la suite, ce dernier ( ainsi que son partenaire s’il y a des équipes) ne rejoue que lorsqu’il est battu par un adversaire, ou alors en dernier .

6. Lorsque tous les palets sont joués, le gagnant est celui dont le palet est le plus proche du maître. C’est le gagnant qui relance le maître pour le jeu suivant .

7. Chaque palet du gagnant le plus proche du maître compte pour un point. Le premier palet du perdant se trouvant après le ou les palets du gagnant, arrête le comptage des points du reste des palets .

8. Un palet qui a touché ou qui est sur le sol est nul.

9. Un palet qui est sur le sol est nul . Un palet qui a touché le sol avant de se positionner sur la planche est mauvais et doit être retiré de la partie. Un palet peut ,en arrivant directement sur la planche, pousser les palets des équipes adverses en dehors de la planche . Ceci est vrai même si le palet sort lui aussi de la planche. Pendant la partie ; si le joueur met le maître en dehors de la planche, la partie est annulée et doit être rejouée.
Entre un palet qui touche le maître et un palet qui le chevauche, c’est le palet qui chevauche qui gagne.

10. Il est formellement interdit de changer de joueur pendant les concours . Tout équipe incomplète, au début du concours, pourra jouer avec 2 palets par joueur.

11. Une partie se joue en 12 points, la belle en 15 points.

ORIGINES

CHEZ LES FOLKLORISTES

Dans la Haute Bretagne, les folkloristes ORAIN, DE COMBE, SEBILLOT, BUFFFT... signalent parfois le jeu de palets, le retiennent au grè d’un conte sans s’étendre sur ses caractristiques sa règle ou ses règles, son usage, alors que dès 1835, en Basse Bretagne, sur une gravure d’Olivier Perrin (1800-1810), Alexandre Bout décrit le jeu de la galoche, la galoche étant le but du jeu du palet. Mais ces absences ou omissions (?) dans les recueils érudits sont plus significatifs de la dispersion et de la diversité des intérêts que de l’existence ou non d’un jeu.

Ceci rend d’autant plus précieux l’ouvrage publié par Louis ESQUIEU en 1890 : "Les jeux populaires de l’enfance à Rennes" . Le sujet même de l’ouvrage restreint la pratique du palet aux enfants, qui peuvent fabriquer "économiquement (des palets) en ardoise ou en pierre".

Le palet se joue alors dès l’automne, sans planche, mais les pièces du jeu que nous connaissons (palets + maître), "petits disques concavo-convexes et portant un numéro en relief sur la partie convexe généralement en fonte sont déjà là .

AU MOYEN AGE

Si des ordonnances des rois de France, Philippe V le Long en 1319, et Charles V en 1369, interdisant le jeu de palets, nous en rappellent, sans la décrire, la pratique courante au Moyen-Age, dans les limites de leur royaume, rien ne nous autorise à l’étendre au domaine des ducs bretons, pas plus que nous nous autoriserons à l’en exclure...

Des recherches et travaux récents sur les villes, sur les fêtes et les jeux en Bretagne au Moyen-Age, n’ont pas par ailleurs permis aux historiens, à ce jour, de nous le citer au nombre des jeux reconnus ; tels que le jeu de paume, le casse-tête, les joutes, la lutte bretonne, la soule, le papegaut, la quintaine...

Noël du FAIL, attentif observateur des moeurs paysannes du Pays de Rennes, ne semble pas l’avoir remarqué. Il n’en souffle mot ni dans les "Baliverneries d’Eutrapel" (1548) ni dans les "Propos rustiques" (1549). Il nous a, par contre, laissé une remarquable description d’une partie de lutte, certes spectaculaire.

LE PALET DANS LES NOMS DE LIEUX

Autre source pour notre recherche : la toponymie, autrement dit l’étude des noms de lieux. La toponymie demeure quasiment muette ; un dénombrement des noms de lieux, partant de la lecture d’une nomenclature dressée par l’institut National de la Statistique (I.N.S.E.E.) pour l’Ille-et-Vilaine, nous fait découvrir un Palet en la commune de Taillis à une trentaine de kilomètres à l’est de Rennes, quelques kilomètres au nord de Vitré, aux marches donc de la Bretagne .

Comme pour les légendes de Gargantua, il ne nous a pas été possible de dater le nom du lieu cité ici.

ÉVOLUTION DU JEU AU XXe SIÈCLE : LA NAISSANCE DES ASSOCIATIONS ET LE DÉVELOPPEMENT DES CONCOURS

Des témoignages recueillis il y a peu de temps à Dourdain (1983) nous ont laissé entendre que la planche ne serait apparue que récemment, protégeant en intérieur le sol des maisons, en extérieur, les palets mêmes des pavés ou du macadam. Nous pensons, pour notre part, que la planche, dont les proportions ne sont pas sans rappeler celles du plateau d’une bascule, plateau utilisé dans les fermes pour les parties, serait apparue et se serait développée dès les années 20, non sans le maintien de la tradition du jeu sur la terre battue ou non. La Société des paletistes à Rennes, se donne pour but, dès 1923, année de sa fondation, "d’enseigner et de développer le palet tant sur la terre que sur la planche", formulation reprise, en 1948, par la Société paletiste de Montfort-sur-Meu.

Au début de ce siècle, à Rennes, on jouait au palet surtout, semble-t-il, sur le Champ de Mars, aussi Champ de Foire. C’est sur le Champ de Mars que se tint en 1947 le second concours régional de palets après Mure-de-Bretagne en 1946. Nous nous sommes interrogés sur une éventuelle origine rurale du jeu qui se serait aussi, plus tardivement, introduit en ville. Il ne nous est pas possible de vérifier cette hypothèse.

Au cours de ce siècle, le statut du jeu s’est modifié. Jeu individuel, il est de plus en plus jeu d’équipe. De jeu, il tend à devenir une " pratique sportive ". Le concours, qui naît et se développe, lui donne une règle écrite, il le codifie ; des associations, déclarées en Préfecture se créent (septembre 1923). Depuis, une trentaine d’associations ont vu le jour dans cet arrondissement, essentiellement l’est de l’axe Saint-Malo - Rennes - Chateaubriand. Si la plupart de ces sociétés s’engagent "à enseigner et développer" la pratique du palet, bon nombre souhaitent avant tout raffermir les liens d’amitié et de bon voisinage entre les joueurs.

Quelle fut l’évolution de la pratique du jeu à travers ces sociétés ?

A la veille de la seconde guerre, il existe une Fédération des sociétés paletistes d’Ille-et-Vilaine et des Côtes-du-Nord, témoignant d’une part de l’étendue d’un jeu obéissant à une seule règle, du développement d’autre part des sociétés, mais aussi de confrontations nombreuses qui annoncent les grands concours des années soixante-dix.

D’un sondage à travers la presse (Ouest-Eclair, autour des mois d’été -juillet-août - de 1902, 1912, 1922), nous retiendrons l’enseignement suivant : la période entre les deux guerres paraît coïncider avec l’emploi du mot concours et une présence trés grande de ce jeu dans toutes les manifestations populaires. Entre le 4 juillet et le 2 août 1922, sont organisés des concours à Corseul, puis à Broons, pour les Côtes-du-Nord ; en Ille-et-Vilaine, la réunion des coiffeurs rennais à Cesson est l’occasion de concours, concours aussi à Rennes pour la fête de la Place de la halle aux blés, pour la fête du pont de Châtillon, pour la fête du quartier de la gare.... concours à Tintniac, à Miniac-sous-Bcherel (à l’occasion de la fête nationale), à Montreuil-sur-Ille. Les prix en argent sont donnés aux gagnants. Quant aux dames, puisqu’il est des concours de dames (à Cesson, Tintniac) elles reçoivent des objets d’art.

Depuis, la Fédération a disparu. Est-ce la guerre qui, interrompant ses activités, remit un terme à son existence ? La guerre aurait-elle amorcé une période de déclin, le regain du jeu se situant dans les années soixante-cinq ?

Dans l’arrondissement de Rennes, de 1923 à 1938 se créent cinq sociétés ; de 1948 à 1962, 5 autres sociétés apparaissent. Aucune déclaration n’est faite en Préfecture de 1963 à 1967. De 1968 à 1982, 17 sociétés déposent leurs statuts.

La multiplication des sociétés, vraisemblablement liée au développement du phénomène associatif, s’expliquerait elle aussi par le développement des concours, ou correspondrait-elle, après 1968, à travers le jeu-concours, à une recherche ou à l’affirmation d’une identité culturelle ? D’autant qu’il ressort des conversations que nous pouvons avoir avec les joueurs que ce jeu est vécu, dans sa pratique, comme "étant d’Ille-et-Vilaine" ; à preuve, lorsqu’il est joué ailleurs, ce sont des gens d’ici qui l’y ont transporté...

Le jeu de palets est demeuré un jeu populaire, par l’occasion qui fait les rencontres (fêtes populaires et de quartiers ... ), le lieu et les acteurs mêmes , “ouvriers et paysans” chez Esquieu ; trois des gagnants, sur les onze, du concours de Broons en 1922, dont on ait noté la profession sont : cordonnier, bourrelier, hôtelier. Les jeunes viennent nombreux aux concours, mais c’est essentiellement un jeu d’homme, (alors que nous avons rencontré, avant la guerre, des concours de dames). Il est à l’usage de groupes sociaux limité aux quartiers, voire à la famille et aux proches, dans les fermes, entre autres, le dimanche et jours de fête. Le café est toujours, en ville, un lieu privilégié de rencontres, même si quelques salles ont vu le jour (Paul Bert à Rennes, par exemple). Les parties se font désormais en un endroit réservé, alors qu’il y a quelques années, tout au moins en campagne, une partie succédant une autre, conduisait les joueurs dans un cheminement à travers les rues du bourg ou autour du village, de café en café.


La très grande majorité des textes et images proviennent du site http://www.jeux-palets.com/
http://www.le-palet.com/

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